mercredi, mai 21, 2008

Sommes-nous devenus des têtes de Turc faciles ?

Le racisme est condamnable. Il va de soi que c’est indiscutable. Mais l’invoquer, par ceux qui détiennent tous les leviers du pouvoir, comme prétexte pour réprimer est tout aussi condamnable. C’est un même un scandale complet. J’en veux pour preuve la dernière dissolution du parti amazigh démocratique marocain (PDAM). Son péché selon ses contradicteurs ? Il a eu l’outrecuidance de se qualifier d’amazigh. C’est tout. Simplement. En fait, bien que le jeu politique marocain soit on ne peut plus biaisé, faussé et définitivement truqué, seule l’amazighité, bizarrement, est interdite d’y avoir droit de cité. Et ce, dans la plus grande nation amazighe au monde. Deux poids, deux mesures. Pire que cela.

C’est une lapalissade que de dire que, pour le pouvoir de Rabat, l’amazighité n’est ni plus ni moins qu’un facteur de désordre, un danger terrible, qu’il ne faut en aucun tolérer. Il faut donc sévir. De la plus impitoyable des manières. Par tous les moyens légitimes et illégitimes. Et pourtant, soixante ans de guerre azimutale que le Makhzen et ses acolytes lui ont déjà imposée auraient dû leur servir de leçon. Car, n’en déplaise à ses puissants et non moins influents contempteurs, l’amazighité est toujours là, présente, vivante et même debout. Comme un roc que rien ne risque de faire vaciller de sitôt.

L’on croirait volontiers le régime de Rabat dans cet énième raid anti-amazigh- la dissolution du PDAM-, si au moins il fait de même avec l’arabité, son arabité qu’il chérit jusqu’à l’hystérie. Bien au contraire. Il faut savoir qu’il fait carrément sa promotion. Avec une esbroufe à vous couper le souffle et une arrogance à vous rabattre le caquet. En y mettant, que ce soit dit en passant, énormément de son énergie et beaucoup d’argent… public. Celui-là même qu’il n’hésite pas à soutirer, indûment et continuellement, au pauvre contribuable amazigh.

L’on ne compte même plus le nombre d’organisations exclusivement arabes, régionales ou supranationales, dans lesquelles le Maroc est membre. Moyennant bien évidemment finances. Car, pour avoir l’insigne honneur d’y siéger, il faut casquer des sommes parfois faramineuses. Même si leur utilité stratégique et politique pour le pays est quasiment nul. Pire, il n’y gagne que des problèmes et beaucoup de malheurs- la prostitution physique, culturelle et identitaire, la médiocrité, le wahabisme, l’islamisme, le terrorisme et dernièrement le chiisme.

« Chauve » qui peut

Mais le pire dans tout cela, c’est que des gens, a priori, très loin du Makhzen- enfin c’est ce que j’ai pensé- se proposent d’eux-mêmes de lui prêter main forte dans cette énième cabale anti-amazighe. Contentons juste deux spécimens, car, hélas, il y en a beaucoup. Pire, il n’y a que cela dans ce Maroc maudit. Le premier est amazigh lui-même, mais arabo-baâthiste jusqu’au bout des ongles. Un formidable schizophrène, un aliéné suffisant, un parfait apologiste du terrorisme, comme seule l’école de l’Istiqlal sait en pondre.

Si vous avez du mal à le deviner, il ne s’agit que du très fameux Rachid Nini. Ce scribouillard analphabète, n’en déplaise à ces nombreux fans et à tous ceux qui sont férus de sa petite personne, a appelé, solennellement, le Makhzen à intervenir immédiatement pour interdire les trois petits journaux amazighs qui sont publiés, cahin-caha, au Maroc.

La raison ? D’après ce baveux, à l’ego immensément hypertrophié, ils inciteraient à la haine. Rien que cela. Ce plumitif complexé par sa calvitie- il ne montre jamais sa tête chauve- a oublié qu’il ouvre, quotidiennement, son torchon nauséabond à toutes sortes d’idéologues – à la petite semaine bien sûr- du baâthisme le plus pitoyable. Sans parler de l’inflation vertigineuse de la rhétorique arabiste (Maghreb arabe, Sahara arabe, monde arabe, cheval arabe, dromadaire arabe, l’âne arabe, la connerie arabe…), plus qu’insultante à tous les Amazighs qui se respectent, avec laquelle lui et ses journaleux remplissent leurs papiers. Qu’ils fassent, tambour battant, la promotion du « sionisme » - ils adorent ce terme qu’ils utilisent à tort et travers- aux accents on ne peut plus arabistes, est tout simplement normal. En sont-ils au moins conscients ? Pas si sûr.

Et surprise, suprise !

Quelque temps après, chose rare et tout autant exceptionnelle, au lieu de prêter une oreille attentive aux vociférations anti-amazighes éructées par Nini, le Makhzen et ses sbires lui ont répondu. À leur manière. Avec une rare méthodologie. Tellement ils nous ont habitué à toujours agir un peu n’importe comment. Surtout lorsqu’il s’agit de réprimer. Primo, Nini a été passé à tabac dans la rue, au vu et au su du monde entier, alors qu’il se croyait intouchable. Secundo, après avoir accusé des procureurs du roi d’être des proxénètes patentés ( le pauvre, il ne sait pas que dans le journalisme, il faut toujours « vérifier » ses informations) , il a été condamné à verser une grosse amende de plusieurs millions de dirhams. Ce qui entraînera probablement une fermeture définitive de son torchon. À titre personnel, je dirais : « Bon débarras ! »

Par ailleurs, le plus incroyable dans toute cette histoire, c’est que les premiers à accourir frénétiquement le soutenir, ce sont ceux-là même qu’il n’a jamais ménagés dans son journal, à savoir les Amazighs. Sincèrement choqué par un tel branle-bas de combat plus que douteux, et pour pouvoir comprendre, j’ai contacté un Tiznitois qui s’est enorgueilli, dans un communiqué diffusé via Internet, les photos de ses blessures encore fraîches à l’appui, d’avoir été brutalement molesté par les forces du Makhzen après avoir organisé un sit-in de soutien à Nini. Il m’a rétorqué, comme si « zâma » il avait accompli une action héroïque, dans un français complètement massacré- l’arabisation abêtissante est passée par là-, en faisant sienne la fameuse formule attribuée à Voltaire : Je ne partage pas vos idées, mais je me battrais…

Encore faut-il que Nini ait des idées à proprement parler. Ce dont je ne suis vraiment pas sûr. À moins de considérer l’amazighophie la plus crasse, l’arabisme moribond, l’islamisme le plus caricatural, le populisme le plus bas…, des idées nobles qui méritent tous les sacrifices. Nos Amazighs de Tiznit, de Nador, et même de Tinjedad, etc. ne seraient-ils pas des masochistes sans aucune once de fierté ? Il s’en faut d’un pas pour le penser que d’aucuns n’ont pas attendu longtemps pour allègrement le franchir. À juste titre d’ailleurs. Pauvres misérables amazighs, vous resterez toujours les dindons de la farce. Passons !

Le silence est parfois d’or

Le deuxième cas (www.leconomiste.com/article.html?a=85870), il s’agit d’une bonne femme, arabe ou du moins c’est ce qu’elle dit être, répondant au nom de Mouna Hachem. Elle sévit régulièrement dans le journal l’Économiste avec des papiers pour le moins fleuve. Mais ô combien propagandistes ! Elle n’hésite jamais à remodeler, à sa guise, l’histoire et les cultures marocaines pour qu’elles correspondent à la petite vision idéologique du pouvoir en place : à savoir que le Maroc est arabe et le restera ad vitam aetrnam. Vouloir remettre en question ce credo sacré ne peut avoir que des répercussions cataclysmiques sur le pays, ses habitants et même- pendant que l’on y est- sur l’équilibre écologique de la planète Terre. En paraphrasant Hassan II, c’est l’arabisme ou le déluge. Rien à faire.

Même si elle est plus consistante que Nini, dans la mesure où elle pratique un tantinet soit peu la réflexion et la recherche, elle ne fait pas mieux que lui. Toujours cette barbante et fatigante litanie de dénigrement de l’amazighité et ceux qui prennent, à leurs risques et périls, sa défense. Les Amazighs ont plus que bon dos. Pour preuve, même si personne lui a demandé son avis, elle n’a pas hésité, dans son dernier papier, à applaudir des mains et des pieds la décision du régime de dissoudre purement et simplement le seul parti amazigh au Maroc. Et ce, parce que d’après cette doctoresse doublée d’écrivain- enfin, c’est ce qu’elle affirme être- cette petite formation politique ne peut être raciste. Rien que cela.

A-t-elle déjà assisté, en personne, à l’une des ses réunions ou ses congrès ? Y a-t-elle été méprisée, exclue par ce qu’elle est arabe ? A-t-elle lu sa charte ? A-t-elle eu affaire à ses militants ?… Rien de tout cela. En fait, cette charmante dame, en mal de sujet probablement, s’est dit pourquoi ne pas taper sur les Chleuhs. Après tout, tout le monde le fait. C’est carrément un sport national. D’autant que c’est un exercice on ne peut facile. Il ne demande aucune recherche, aucun effort. Rien. Nada. Il faut juste se contenter des préjugés prêts à l’emploi fort nombreux sur les pauvres amazighs (pour en avoir un avant-goût, consultez les commentaires laissés dans www.hespress.com). À défaut, il suffit de lire la presse de Rabat ou Casa pour y trouver, à profusion, matière à insulter ces mêmes Amazighs.

N’étant pas bête comme Nini, on s’attendait à une raison valable pour justifier à sa sortie tonitruante contre le PDAM et les Amazighs, tous les Amazighs. Oh que nenni ! Si étonnant que cela puisse être, elle a repris le même argument fallacieux que celui du Makhzen, à savoir le qualificatif amazigh du parti d’Adgherni. Dont elle a écorché au passage le nom. À dessein probablement : le ridiculiser. En tous les cas, il n’a fait preuve d’aucune originalité, aucune rigueur, aucune analyse. Pire, manquant affreusement d’honnêteté tout court, elle a sciemment passé sous silence l’exploitation hystérique de l’arabité –elle y a fait une timide et minuscule allusion- par le régime et tous les partis politiques sur l’échiquier politique marocain. Pour être bref, Mouna Hachem, qui connaît rien ni aux Amazighs ni à l’amazighité, a raté une magnifique et belle occasion de se taire.

L’avocate du diable

A-t-elle oublié que l’annonce de la dissolution du Parti d’Adgherni a été faite via l’agence du Maghreb arabe ? L’agence du Maghreb arabe dites-vous ? Et oui. Mais il n’y a pas que cela malheureusement : la monarchie ne s’affirme-t-elle pas de descendance prophétique, donc ethniquement et purement arabe (voir le site du ministère de la communication) ? Les partis ne défendent-ils à qui mieux mieux l’arabisme le plus terroriste et le plus débile aussi (l’arabisme scientifique de l’Usfp à titre d’exemple) ? L’Istiqlal n’est-il pas une secte quasiment familiale, composée uniquement de privilégiés arabo-andalous ? Une abondance de groupements d’obédience religieuse ne se disputent-ils pas à l’envi le monopole de l’Islam censé appartenir à l’humanité entière et pas seulement aux seuls musulmans ?

Et pourtant la loi est plus que claire à ce sujet. La même loi qui a été appliqué dans toute sa rigueur contre le parti amazigh démocratique. Mais bizarrement notre arrogante donneuse de leçon est subitement frappée de cécité. Et c’est vraiment le cas de le dire. À ce qu’il paraît, les Amazighs, bien qu’ils soient dépourvus de tout pouvoir, parce que soumis, méprisés, clochardisé, ont toujours le monopole du racisme anti-arabe, de l’ethnicisme et de bien mauvaises choses. C’est vraiment surprenant. Et les Arabes ? Ne sont-ils pas à dire vrai les vrais racistes dans cette histoire ? Puissants qu’ils sont, n’ont-ils pas étatisé, instutionnalisé et même officialisé l’amazighiphobie sans aucune pudeur ? En tous les cas, avec les élucubrations de Mme Hacehm, nous avons la confirmation du fameux adage en lui faisant un peu violence: on voit la paille dans l’œil du Chleuh, mais jamais la poutre qui est dans le sien.

En fait, les reproches qu’on peut faire à Mme Hachem sont nombreux et multiples. Pour tout vous dire, j’ai eu presque pitié pour elle, tellement elle était ridicule. Comme dire que Ahmed Adgerni a été en Israël. So what, comme diraient nos amis anglo-saxons ? Il est libre d’aller où bon lui semble. Ça ne regarde que lui. A moins de vouloir décider de ce qu’il peut manger ou même avec qui il va coucher. On fait dans le totalitarisme sans le savoir. Mais à qui le dire ? Au fait, a-t-elle reproché au maire PJD de Meknès son voyage en Israël ? S’est-elle insurgée contre les hordes de prostituées marocaines qui exercent leurs talents dans ce même pays ? A-t-elle dénoncé le régime marocain dont les relations intimes avec « l’entitié sioniste » sont un secret de polichinelle ? Non pas. Mme Hachem a certainement peur pour sa peau (rire) et surtout pour ses petits intérêts. Je la comprends.

Comme toujours, chez certains pseudo intellectuels estampillés arabes, Mme Mouna Hachem ne déroge pas à la règle. En fait, elle nous dit sans ambages le fond de sa pensée : ce qui est permis pour les seigneurs arabes ne doit pas forcément l’être pour les autochtones amazighs. N’est-ce pas là la preuve irréfutable que les Amazighs sont plus que asservis ? Il est tout à fait normal que quelques-uns se rebiffent contre situation indigne. Et se disent même colonisés. Car la réalité leur donne amplement raison. Pour la majorité amazighe, son silence ne veut pas dire qu’elle est d’accord. Même si, les années de domination aidant, une bonne partie a fini par considérer comme allant de soi d’être continuellement calomniée et systématiquement humiliée. Mais rien ne nous garantit que les choses en resteront là pour toujours. L'impermanence n'est-elle pas le propre de la vie ?

Humiliations en série

D’ailleurs, l’on ne va pas citer toutes les avanies qu’on leur fait quotidiennement subir, mais le rappel est toujours utile : les prénoms amazighs interdits, exclusion éhontée des régions amazighes, racisme médiatique anti-amazigh, l’interdiction de la langue amazigh dans les administrations, l’échec programmée de son enseignement, les innombrables barrières mises devant les associations amazighes … Est-ce que les Aroubis, dont elle craint la création d’un parti, vivent-ils autant de vexations humiliantes ? Rien n’est moins sûr. Si c’était le cas, ils auraient déjà mis le feu non seulement au Maroc, mais aussi au monde entier. Pour moins que cela, leurs proches cousins du Sahara ont fauché les vies de plus de 18 000 mille marocains (avec l’aide de leurs frères arabes libyens, algériens…) et séquestrent, depuis des décennies, plusieurs milliers des leurs dans les doux camps de Tindouf.

Disons à Mme Hachem et consorts, pour finir, que ce ne sont pas les Amazighs qui posent problème, parce que tout simplement ils sont chez eux, sur leur terre, depuis la nuit des temps, mais ceux qui les empêchent de renouer avec la liberté. Une situation des plus injustes qui crée, assurément, chez ces hommes qu’on disait libres, une terrible frustration visible d’ailleurs sur tous leurs forums on ne peut plus « régionalistes »- c’est l’expression de Madame. Une frustration que des gens comme cette Mouna Hachem ne peuvent et ne pourront jamais éprouver et encore moins comprendre. Parce qu’ils n’ont jamais essayé de vivre en tant qu’Amazigh dans le plus beau pays du monde. Le peuvent-ils vraiment ? Beurk, vivre dans la peau d’un sale « Garbouz », il ne manquerait plus que cela.

1 commentaire:

fatima a dit...

" Cassé!" comme dirait mon petit frère...Des articles comme celui-ci sont plus que nécessaires pour remettre en place certaines personnes, les pseudo-chercheurs à qui les "médias" proposent de cannoner l' amazighité officiellement, le plus normalement du monde. Le Nini et la Mouna vont super bien ensemble...:)
En réalité, la Mouna reproche aux "extrémistes amazighs" tels Adghirni, selon elle, de nier la diversité culturelle, qui est pour elle le mélange arabo-amazigh sur lequel repose l' Histoire du Maroc (enfin sa conception de l' Histoire évidemment). Pour elles, les Marocains sont Amazighs et Arabes c' est-à-dire Arabo-Amazighs. Autrement dire, quand les Amazighs revendiquent leurs droits les plus naturels, ils remettent en cause cette sacro-sainte mixité arabo-amazighe, d' où le fait qu' elle leur reproche leur racisme et intolérance. Ne sait-elle pas que l' arabité est étrangère aux vrais Marocains, c' est-à-dire les Amazighs? Et que les Marocains qui se disent Arabes se foutent complètement de l' amazighité et vont jusqu' à mépriser ces sales Chleuhs? Si on suit sa logique, si on peut apeller cela de la logique, comment-elle peut expliquer le fait que tous ces Marocains arabes font sans cesse l' éloge de l' arabité et oublient quotidiennement ce soi-disant mélange arabo-amazigh ?
C' est classique de dire que le peuple marocain est riche culturellement mais est-ce que tous les Marocains en sont conscients? Comment expliquer ce mépris amazigh au sein même de l' imaginaire collectif marocain arabe, au sein du fond populaire marocain ?